1853 — Aujourd’hui

L’instrumentDes Callinet aux Stiehr-Mockers

Commandé le 8 juillet 1851 à la maison bas-rhinoise Stiehr-Mockers, l’orgue ne réutilise de l’ancien que ses deux buffets.

01

Composition

C’est bien à Claude Ignace Callinet que la ville de Riquewihr demandat en 1850-1851 un devis pour le remontage de l’orgue ou la construction d’un nouvel instrument. Mais c’est finalement à la maison bas- rhinoise Stiehr-Mockers que la Ville commanda le 8 juillet 1851 un nouvel orgue, ne réutilisant de l’ancien que les deux buffets. Que se passa-t-il en six mois ? Pourquoi un tel revirement ? Malheureusement, les archives aujourd’hui disponibles restent muettes. Est-ce une raison confessionnelle, les Callinet s’occupant essentiellement des églises catholiques et les Stiehr-Mockers des églises protestantes ? Est-ce pour une raison de carnet de commande, les Callinet étant dans une période d’intense activités durant ces années, enchaînant projets sur projets (un grand trois clavier venait de leur être commandé à Oberhergheim) ?


Les Stiehr proposèrent ainsi – pour 7600 francs de livrer un instrument de deux claviers pédaliers, avec un positif de dos expressif.

Grand-Orgue – 54 notesPositif de dos expressif – 54 notesPédales – 25 notes
Bourdon 16′Bourdon 8′Contrebasse 16′
Montre 8′Salicional 8′Flûte 8′
Bourdon 8′Flûte traversière 8′ (f-f »‘)Violoncelle 8′
Flûte majeure 8′Montre 4′Flûte 4′
Gemshorn 8′Flûte pontue 4′Ophicléide 16′
Viole de Gambe 8′Jeu céleste 4′Trompette 8′
Prestant 4′Flageolet 2′Clairon 4′
Flûte à cheminée 4′Cromorne 8′ B
Nazard 2 2/3Clarinette 8′ D
Doublette 2′
Cornet 5 rgs
Fourniture 4 rgs
Trompette 8′
Basson-Hautbois 8′
Proposition initiale des Stiehr-Mockers (30 jeux)

En cours de travaux, le facteur d’orgues parvint à convaincre son client qu’un positif de dos expressif n’avait pas de sens et qu’il était préférable d’ajouter un troisième clavier, dont les jeux seraient placés dans une boîte expressive. Le 13 mars 1852, un avenant de 650 francs fut apporté au marché, pour l’ajout d’un clavier expressif de trois jeux (Bourdon 8, Salicet 8 et Voix humaine 8). A la réalisation, le récit expressif fut finalement construit à quatre jeux, en y plaçant le Fugara 4 initialement prévu au grand-orgue. Le 15 mars 1852, le maire justifia ainsi cette dépense supplémentaire : “Dans toutes les orgues considérables on construit aujourd’hui l’expressif qui est d’un effet magnifique, et comme il s’agit de la construction d’un orgue de 8000 fr., le conseil municipal a pensé que reculer devant une dépense de 650 fr. serait de la lésinerie mal entendue”.

L’instrument fut réceptionné le 6 août 1853 par Charles Wackenthaler et Guillaume Henry Lorenz, respectivement organistes à Sélestat et à Sainte-Marie-aux-Mines. Le même jour fut également réceptionné l’orgue Stiehr-Mockers de l’église catholique de Riquewihr, commandé le 13 mars 1852. L’inauguration de celui de l’église protestante eut lieu le dimanche 7 août 1853, dans le cadre du culte dominical, avec la concours de l’organiste Edouard Hausser, de Strasbourg, et en présence des facteurs d’orgues. La clôture de la pédale et de la soufflerie fut posée par le menuisier local Frédéric Léopold Zeyer, et peinte en faux-bois en 1857, pour “mettre en harmonie la partie neuve du buffet avec l’ancienne en lui donnant une couleur de chêne”.

Grand-Orgue – 54 notesPositif de dos – 54 notesPédales – 30 notes
Bourdon 16′Bourdon 8′Contrebasse 16′
Montre 8′Salicional 8′Flûte 8′
Bourdon 8′Flûte traversière 8′ (f-f »‘)Violoncelle 8′
Flûte majeure 8′Montre 4′Flûte 4′
Cor des Alpes 8′Flûte 4′Ophicléide 16′
Viole de Gambe 8′Jeu céleste 4′Trompette 8′
Prestant 4′Flageolet 2′Clairon 4′
Flûte à cheminée 4′Cromorne 8′
Nazard 2 2/3Accouplement I/II
Doublette 2′Tremblant doux III
Cornet 5 rgsLa = 418,7Hz à 21,3°C
Fourniture 4 rgs
Trompette 8′
Basson-Hautbois 8′
Composition définitive & actuelle de l’orgue de Riquewihr

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Le buffet

La double boiserie remonte entièrement à l’orgue livré en 1784 par Christian Langes. Le dessin en élévation du grand buffet est conservé dans les archives communales de Riquewihr, celui du positif a disparu. La façade s’inspire manifestement de l’orgue Silbermann de Soultz (1750) situé à une dizaine de kilomètres d’Uffoltz, où résidait Langes. On y retrouve la tourelle centrale à trois compartiments entourée de deux plates-faces et de deux grandes tourelles. Cette tourelle tri-lobée diffère un peu du modèle initial, avec des courbes- faces latérales un peu plus larges, comportant chacune cinq tuyaux au lieu des quatre habituels. Les deux angelots juchés à Soultz sur la tourelle centrale se retrouvent au même emplacement sur le dessin originel, ils y étaient encore avant la Première Guerre mondiale, au vu d’une photo ancienne citée par Marc Schæfer, mais ils ont migré depuis lors sur les tourelles du positif.


Les armes de la ville de Soultz et les urnes des tourelles latérales laissent ici la place à trois anges musiciens, jouant du luth à gauche, de la trompette au centre et du violon à droite. Hormis pour ces statues et pour les culots à feuilles d’acanthes, la décoration néo-classique diffère également beaucoup du modèle silbermannien, notamment pour les tambours des tourelles latérales, le décor assez chargé des montants et les cannelures des frises.

Quant au positif, il ne s’inscrit pas dans la filiation avec Silbermann et s’il emprunte à Louis Dubois les plates-faces cintrées, elles sont couronnées d’une corniche horizontale et non d’une simple claire-voie. Les armes des seigneurs de Riquewihr se trouvaient ici sur le petit buffet et non sur le grand corps comme à Soultz, mais elles ont été buchées à la Révolution française : dans les comptes de 1792, on paya un sculpteur pour les remplacer par le drapeau national, qui lui-même a disparu depuis lors. Les urnes qui figuraient sur le dessin aujourd’hui perdu n’ont jamais été posées par Langes, si l’on en croit le rapport d’expertise du 25 novembre 1785.

Au grand corps, la façade et les parois latérales sont confectionnées en chêne verni. Au vu des restes d’un apprêt blanc que l’on distingue dans les pores du bois et sur les renfoncements des sculptures, il est possible que le meuble ait été peint en faux-bois à l’origine et qu’il ait été décapé par Stiehr. Cette prestation ne figurait néanmoins pas dans le traité signé le 8 juillet 1851 avec Joseph Stiehr, qui prévoyait de “bien nettoyer et vernir au copal les deux buffets”.

Posée sur une charpente en peuplier, la boîte expressive du récit est confectionnés en peuplier. La clôture de pédale a été refaite par Stiehr, en sapin peint en faux-bois. A l’origine, les plates-faces du positif comportaient chacune neuf tuyaux, alors qu’il n’y en a plus que huit actuellement, mais les chapes et les râteliers sont restés ceux d’origine.

03

La tuyauterie

A l’exception des tuyaux de façade et de 10 tuyaux intérieurs, toute la tuyauterie est d’origine, confectionnée par Stiehr en 1853. Sur les 1804 tuyaux que comptait l’instrument en 1853, 1734 sont parvenus jusqu’à nous, soit 94 %, ce qui en fait le mieux conservé des grands instruments de la maison Stiehr-Mockers.


La Tuyauterie
La Tuyauterie

Les tuyaux de métal sont conformes à la manière de l’atelier de Seltz, avec des principaux, des gambes et des jeux d’anches en étain sur pieds d’étoffe et des jeux flûtés en étoffe, ainsi que pour les jeux de Salicional. Les tuyaux ouverts sont coupés au ton, sauf quelques incisions au sommet des corps pour les plus grands tuyaux. Les calottes des tuyaux bouchés ou à cheminée sont soudées. Les petits tuyaux sont munis d’oreilles découpées dans l’ouverture de la bouche. Les tuyaux en bois sont en sapin non peint, avec lèvres inférieures en chêne, vissées. Les tuyaux bouchés ont des tampons en chêne, avec des manches tournés en chêne. Les pieds sont en chêne, tournés, sauf pour les Flûtes 8 en bois où ils sont de section carrée, dégressive vers le bas pour pouvoir les coincer dans la chape, du fait qu’il n’y a pas de faux-sommier pour les maintenir. L’analyse de la tuyauterie semble indiquer qu’il y aurait eu des échanges de jeux et des décalages de tuyaux, mais il n’en est rien. D’une manière générale, la tuyauterie est restée dans son état d’origine, avec très peu de modifications de l’harmonie.

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Les sommiers

Tous les sommiers sont de Stiehr, sauf celui du complément de pédale, qui est de Muhleisen. Ils sont tous à gravures et registres coulissants. Les chapes sont clouées, avec des clous forgés garnis de cuir.


Sommiers
Sommiers

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La console

Située au soubassement du grand corps, la console est en fenêtre, entièrement reconstruite par Stiehr. Elle est fermée par deux portes en chêne verni, dont les quatre gonds sont d’origine mais la serrure est plus récente.

Les trois claviers sont en chêne, avec frontons à angle droit. Les naturelles sont plaquées d’ivoire et non d’os comme très souvent chez Stiehr, ce qui était annoncé dans le marché du 8 juillet 1851, les feintes sont en ébène.

Le pédalier a été renouvelé par Muhleisen en 1958. Il est de facture moderne, concave, avec des feintes rehaussées de palissandre, de longueur croissante vers les extrémités. Les montants du buffet ont été découpés pour insérer ce pédalier plus large que celui d’origine.


La console
La console

Le banc est de Stiehr, en chêne, mais les parois latérales ont été plaquées de parois en chêne, pour l’élargir et l’adapter au pédalier de 30 notes.

Les tirants de jeux sont de section carrée, de 25 mm de côté, en chêne. Ils sont disposés sur quatre colonnes, de part et d’autre des claviers. Le nom des jeux figure sur des étiquettes imprimées en papier, toutes d’origine, avec des lettres noires pour le grand-orgue, vertes pour le positif, bleues pour le récit et rouges pour la pédale. Chaque nom de jeu est surmonté par le nom du plan sonore (“POSITIF”, “MANUAL”, “RÉCIT” et “PÉDALE”). Le tremblant comporte aussi l’attribution “Manual”, bien qu’il agisse surtout sur le récit.

La commande des jalousies du récit expressif se fait par une cuiller en fer, placée à droite, pivotant sur un axe pour pouvoir l’accrocher à un cran.

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La mécanique

Hormis pour le complément de pédale, la mécanique des notes, et celles des jeux sont entièrement de Stiehr. Les abrégés comportent une planche en sapin, des rouleaux de section ellipsoïdale avec petits côtés aplatis, en sapin, des bras en hêtre, des axes en laiton et des crapaudines en hêtre. Au récit, la mécanique suspendue comporte des équerres en hêtre et un abrégé horizontal. A la pédale, la mécanique comporte un abrégé vertical au revers du soubassement, des pilotes de section ronde, des équerres en hêtre, des vergettes horizontales, un second train d’équerres et un abrégé vertical situé à l’aplomb de la laye.


La mécanique
La mécanique

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