1609 — 1853

HistoireLes orgues qui ont précédé les Stiehr-Mockers

Trois instruments se sont succédé dans l’église Sainte-Marguerite avant celui de 1853 : l’orgue Huodt, l’orgue Langes, puis les travaux de Rabiny-Callinet.

01 · 1609 — 1781

1609 — 1781 : l’orgue Huodt

Dans l’ancienne église Sainte-Marguerite de Riquewihr, édifiée au début du XIIème siècle, la première attestation d’un orgue remonte à 1609, sous forme d’une quittance pour l’achat d’un instrument neuf auprès de Johann Huodt, pour le prix de 100 Thaler1. Ce facteur d’orgues de Fribourg-en-Brisgau avait déjà plusieurs fois travaillé sur la rive gauche du Rhin et il avait livré des instruments neufs à l’abbaye de Marbach en 1604 et à Saint-Martin de Colmar en 1608. L’orgue Huodt de Marbach a été dessiné en 1738 par Jean André Silbermann, avant qu’il ne le remplace par son nouvel instrument2.


Le dessin de J.A. Silbermann (illustration 1) peut donner une idée de l’apparence de l’orgue posé cinq ans plus tard à Riquewihr, avec une façade Renaissance qui était caractéristique de l’école de facture d’orgues du Lac de Constance, comme le montre la comparaison avec les exemples de la Hofkirche d’Innsbruck (illustration 2) et de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau (illustration 3). Pour accueillir l’orgue Huodt, l’intérieur de l’église fut remis en peinture, les lambris de la tribune furent peints en brun et les ornements en vert.

A l’occasion d’un relevage qui prit trois semaines et cinq jours en 1682, l’organier Johann Spitz renouvela trois tuyaux en bois, pour les notes do, ré et mi, confectionna un autre tuyau en étain et accorda cinq jeux, sans que l’on sache si c’était là le nombre total de registres de l’instrument. L’orgue Huodt subsista durant 170 ans, bien que réparé à de maintes reprises. Ce n’est que vers 1780 que l’instrument fut condamné pour “vétusté et caducité”3

02 · 1781 — 1853

1781 — 1853 : l’orgue Langes

Le 4 avril 1781, la Ville de Riquewihr commanda un nouvel orgue à Christian Langes. Ce facteur d’orgues était originaire du Tyrol du Sud, aujourd’hui en Italie, où il était né le 26 mars 1730 à Tisens. Entré en apprentissage en 1747 chez Ignaz Franz Wörle, de Bolzen ou Bolzano, il y apprit la facture d’orgues, avant de s’expatrier en 1753 en Alsace. Après avoir construit son premier orgue à Uffholtz, c’est dans ce village qu’il s’installa, se maria en 1753, y acheta une maison en 1758 et y mourut le 24 octobre 1790, à l’âge de soixante ans. Pour 3.200 livres plus la reprise de l’ancien orgue, Langes devait livrer un instrument de 22 jeux.


1781 - 1853 : l'orgue Langes
1781 – 1853 : l’orgue Langes

Alors que l’instrument devait être livré pour Pâques 1783, il ne fut mis en place qu’à la fin de cette même année et achevé en février 1784. Les deux experts nommés par la Ville, Theobald Eppel et Georg Daniel Cräner, organistes respectivement à St-Georges de Sélestat et à St-Mathieu de Colmar, vinrent le 19 février 1784 et se montrèrent assez critiques, notant que la section du portevent principal était trop réduite, que les ressorts des sommiers étaient inégaux, que les claviers étaient trop éloignés l’un de l’autre, et que l’harmonie était trop inégale, notamment celle des jeux d’anches.

Les deux organistes revinrent le 26 mars 1784 et notèrent que la plupart des défauts n’avaient pas été corrigés, ils critiquèrent également le tempérament et l’accord des deux octaves supérieures. Pour pouvoir toucher le deuxième terme de son marché, Langes se pourvut devant le Conseil souverain d’Alsace et deux nouveaux experts furent nommés, Jean-Baptiste Von Esch, organiste de Saint-Martin de Colmar, et Joseph Waldenspiel, organiste à Ammerschwihr. Leur visite eut lieu les 22 et 27 mai 1784, ils se montrèrent plus favorables au facteur d’orgues, se contentant de critiquer la force excessive du tremblant doux et d’émettre des doutes sur le nouveau système de sommier utilisé pour le positif. Un arrêt du 22 avril 1784 condamna la Ville de Riquewihr à payer le deuxième terme du marché, mais elle n’en fit rien.

Après diverses péripéties juridiques, une quatrième expertise eut lieu le 14 mai 1785, avec cette fois Dominique Von Esch et Joseph Stadler, respectivement organiste et facteur de clavecins à Colmar, qui notèrent que le tremblant doux avait été amélioré. Mais la Ville tarda à payer le troisième terme, ce qui provoqua une nouvelle expertise, confiée à Martin Bergäntzel, facteur d’orgues à Ammerschwihr, et Frédéric Kiener, organiste à Hunawihr. Mais les deux experts se récusèrent et ce furent finalement Joseph Rabiny et Sébastien Krämer, facteurs d’orgues dont le premier était alors occupé à Notre-Dame de Guebwiller et le second était établi à Strasbourg. Ces facteurs d’orgues se montrèrent plus critiques que les organistes, signalant plusieurs défauts nouveaux, comme le fait que les tuyaux de façade n’étaient pas en étain d’Angleterre, que les pavillons des jeux d’anches étaient trop courts, hormis la Voix humaine, que les tuyaux à bouche étaient mal ajustés sur le faux-sommier, que la résistance des registres dans les sommiers était inégale, que les touches cornaient facilement, que les tremblants étaient inutilisables et irréparables, que les soufflets étaient trop durs à actionner et délivraient un vent poussif et qu’enfin il manquait les deux urnes prévues sur le positif. Ils estimèrent à 660 livres le montant des tuyaux de façade et des jeux d’anches à refaire, sur la base du traité de Dom Bédos. De guerre lasse, un accord fut finalement signé à l’amiable le 19 août 1789 : Langes renonça au paiement du troisième terme (1066 livres, 13 sols et 4 deniers) et la Ville accepta de faire réparer l’instrument à ses frais. Mais cette procédure judiciaire ruina la carrière de facteur d’orgues de Langes, qui ne posa plus d’orgue neuf après celui de Riquewihr et qui mourut un an plus tard, le 24 octobre 1790. Quant à son orgue, il ne fut joué que durant quatre ans, jusqu’à ce que la Révolution française ne le réduise au silence en 1793.

Grand-Orgue – 51 notesPositif de dos – 51 notesPédale – 13 notes
Montre 8′Bourdon 8′Bourdon 16′
Bourdon 8′Montre 4′Bourdon ouvert 8′
Prestant 4′Flûte 4′Prestant 4′
Flûte de cheminée 4′Nazard 2 2/3Trompette 8′
Nazard 2 2/3Doublette 2
Doublette 2′Fourniture 3 rgsTremblant doux
Tierce 1 3/5Cromhorn 8′Tremblant fort
Cornet 5 rgs3 soufflets à un pli
Fourniture 3 rgs
Trompette 8′
Voix Humaine 8′
Composition de l’orgue Christian LANGES de Riquewihr

03 · 1805

1805 : les travaux de Rabiny-Callinet

Lors du rétablissement du culte, au début de l’année 1804, l’instrument était en mauvais état. Le 20 février 1805, le facteur d’orgues Joseph Rabiny et son gendre François Callinet, établis à Rouffach, envoyèrent un devis pour un relevage complet de l’orgue pour 2.738 francs. A la fin de leur devis, les facteurs proposèrent de baisser la tribune, qui était trop haute dans la nef de l’église médiévale, et de poser au lieu du Clairon de pédale une Bombarde, qui “fait l’effet de Contrebasse” et qui est le “jeu le plus majestueux et du plus grand effet”. Sur la base de ce devis, un accord fut conclu le 20 février 1805, pour le montant de 2.738 francs. La tribune fut effectivement abaissée, en supprimant la tribune inférieure. Le relevage complet de l’instrument fut réceptionné le 6 août 1805 par Theobald Eppel et Frédéric Daniel Cräner.


Moins de vingt ans plus tard, l’église médiévale menaçait de s’effondrer. En 1833, les offices tant catholiques que protestants furent transférés dans la chapelle du cimetière, en dehors des murs de la cité, et l’orgue fut réduit au mutisme. En 1845, juste avant la démolition de l’église, l’instrument fut démonté par Claude-Ignace Callinet et entreposé au presbytère protestant. Deux nouvelles églises furent édifiées, dont celle destinée au culte protestant fut achevée en 1850, sur les plans de l’architecte Laubser.

Gestion des cookies

Choisissez ce que Amis de l'Orgue de Riquewihr peut charger depuis d’autres services. Votre choix vaut 6 mois. Politique de cookies

Contenus externes

Google Maps : l’affichage de cartes, par Google Ireland Limited. Sa politique de confidentialité

YouTube : l’affichage de vidéos, par Google Ireland Limited. Sa politique de confidentialité